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 Correction Lothar

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AuteurMessage
Amaïa



Messages : 76
Date d'inscription : 06/08/2016

MessageSujet: Correction Lothar   Ven 26 Oct - 13:28

638 lignes
Box de Apocalíptico, Saint-Malo et Rimbaud
Utilisation d'un résumé x2 de Leny svp ! Merci d'avance au correcteur :coeurino:
Der weg ist das ziel

« Lothar » « Katharina »

L'important, c'est le chemin.

Une fois de plus, les premiers rayons de soleil font leur apparition aux portes des écuries, viennent progressivement en réchauffer les différents éléments structurels, apporter un peu de douceur à leur atmosphère. Une fois n’est pas coutume, il y pénètre seul, ou du moins seulement accompagné de son hongre qu’il vient tout juste de sortir de son paddock, où il passe le plus clair de son temps. Longe détendue, Saint-Malo marche tranquillement, aussi peu pressé qu’à son habitude, doté de ce brin de placidité en main qui lui est propre. Peu pressé, l’allemand ne cherche pas à le faire accélérer, sait que ce serait chose vaine, de toute manière. Tout au plus, s’il se retrouvait à la traîne, le moucheté s’arrêterait, attendrait que le bipède daigne accepter de s’accorder à son rythme. Tout temps perdu est alors, paradoxalement, gagné. Il s’agit là d’un état d’esprit à adopter, rien de bien compliqué en y mettant un peu du sien. De toute manière, à une telle heure, ils n’ont nulle raison de s’affoler. Si la liste des choses à faire de leur journée est encore longue, inentamée, elle le sera déjà bien plus rapidement que pour certains.

Tandis que dorment probablement encore la danoise et le débourreur en herbe, que s’éveille certainement son cousin à l’extérieur du Haras, il pose la longe du gris sur son encolure, le laisse entrer dans son box, se tourner de lui-même, pour qu’il puisse alors lui retirer son licol. Il ne peut le nier, il accepte bien plus volontiers de lui faire passer quelques temps au box au cours de ce quadrimestre, le côté très lumineux et esthétique lui convenant davantage. Ces portes aux formes arrondies, permettant aux équidés de passer tout leur temps à observer les allées et venues, tenter de se renifler entre eux, ou par-dessus leurs séparations, voici qui ne lui déplaît guère. De surcroît, le courant semble plutôt bien passer avec Rimbaud. Les deux équidés cohabitent sans encombre, bien qu’ils ne semblent pas pour autant en être déjà devenus inséparables. Mais ça lui convient, au brun, de ne pas les savoir totalement solitaires.

Cette première chose de faite, il se désintéresse un temps de ses chevaux, disparaît dans les réserves, en quête de leurs stocks personnels de ration. Adopter une politique commune de repas les a fait s’éloigner quelque peu d’un fonctionnement trop traditionnellement associé à certaines écuries de sport qu’ils ont pu connaître respectivement. Même chez les irlandais, le raisonnement était plus cartésien. Un trop grand nombre de chevaux à nourrir demandait une répartition des repas moins étalée, concentrée en seulement trois temps de la journée, en évitant dans la mesure du possible d’avoir trop de spécificités par cheval. Mais eux, ils ont tout le loisir de se prendre la tête dans l’alimentation de leurs compagnons, toute idée de rendement pouvant pour l’instant se tenir loin de leurs esprits. Comme chaque matin, il est le premier qui s’y colle. Attrapant leur pile de gamelles en acier, il commence à les séparer, les recompte ensuite machinalement, pour être certain de n’oublier personne. Une, deux, trois, quatre, cinq, six. Saint-Malo, Rimbaud, Saudade, Apo, Hector, Serpillère, se répète-t-il dans son esprit. Personne n’est oublié, pas même la chèvre.

Momentanément, il se transforme alors en cuisinier en herbe. Sur leur sac, la recette de chacun des repas a beau avoir été fixée, il n’a nul besoin de la consulter, puisqu’il connaît par cœur celle du matin, celle qu’il est le seul à donner, avant que les deux autres propriétaires s’alternent pour les suivants. Muni de son arme fatale, son pot de confiture vide, cinq des gamelles sont remplies d’un bocal de son, qu’il fait ensuite imbiber. Il peut ensuite ajouter à cela une dose et demie d’un mélange de divers flocons d’orge, de maïs, d’avoine noire et de pois, à l’exception de la gamelle de Saint-Malo, qui n’en accueillera qu’une, en raison de son travail plus léger. Deux poignées atterrissent dans la dernière gamelle, ce qui suffira amplement à la dodue chèvre angora. Une demi-dose de luzerne en brins longs atterrit ensuite chez tout le monde, de sorte à limiter l’acidification gastrique que pourraient provoquer les céréales. Le tout se conclu avant mélange par l’apport d’une centaine de millilitres d’huile de soja, élément spécifique du matin. En somme, des amidons, des protéines, du calcium et des oméga 6.

« Doucement. » marmonne-t-il à l’attention du grand gris qui, comme chaque matin, a toujours plus tendance que les autres à le coller alors qu’il tente de parvenir à sa mangeoire. Loin d’être stupide, sa petite compagne ne manque pas également de se mettre dans ses pattes pour lui rappeler sa présence, obtenir sa propre ration. Une fois tout le monde servi, il peut retourner ranger les gamelles, marquer sur leur petit carnet l’heure de fin de distribution à titre indicatif ainsi que ses observations, s’il doit y en avoir, de sorte à ce que toute information soit bien transmise, puisqu’ils ne se croisent pas nécessairement tous, mais passent toujours par ici. Il peut ensuite s’éclipser nourrir dans la foulée les chevaux de Leny, qu’il ne dépanne que pour ce repas. Les chevaux étant logés sur une litière de paille généreuse, et occupés une grande part de la nuit par leur foin du soir, il ne lui est pas indispensable de respecter la règle des fibres avant les céréales, ces premières étant donc toujours accessible, d’une certaine manière. Ce sera à la danoise, généralement, de le distribuer à son arrivée aux écuries.

Ce n’est qu’une fois de retour, qu’il peut commencer à passer aux choses sérieuses. Ne souhaitant pas embêter tout de suite le moucheté, il se rapproche du bicolore, après avoir attrapé tout le matériel dont il compte se servir. Commence alors son pansage, une fois l’étalon sorti devant son box, directement au bouchon, puisqu’une nuit au box n’est pas ce qu’il y a de plus salissant, ne nécessite tout au plus qu’une friction plus rigoureuse des zones rendues foncées par une nuit passée couché. Finalement, cela représente bien plus l’occasion de s’assurer de l’état général de la peau que d’une vraie mise en beauté. N’ayant rien de remarquable à relever, il peut ainsi passer tranquillement au curage des sabots, que Rimbaud donne avec facilité, ce qui n’est jamais désagréable. Globalement, à l’exception de Fall, et de Quod lorsqu’il est dans ses jours trop testeurs, ils ne sont entourés que de chevaux faciles au pansage. Cette nouvelle étape ainsi vite terminée, il ne lui reste qu’à passer un coup de brosse dans les crins pour les démêler et en retirer les résidus de paille avant de pouvoir poser des bandes et des cloches sur les membres.

Nul travail de dressage n’est pourtant prévu. Il ne selle pas, l’allemand, se contente d’un surfaix et son padd pour accompagner son bridon sans rênes : la longe est au programme en cette matinée. Une fois ses gants enfilés, une casquette posée sur sa tête, il peut alors fixer la longe en Colbert, détacher le licol avant de prendre la chambrière et son enrênement Pesoa pour quitter les écuries, d’un pas tranquille. Cependant, il ne prend pas la direction du rond de longe, préfère se diriger vers la plus grande des carrières. Il n’affectionne pas particulièrement les ronds de longe, préfère avoir plus d’espace de liberté pour travailler, bien qu’il reconnaisse facilement que leur côté bien encadré a toute son utilité en présence de jeunes chevaux encore peu familiarisés à ce travail. Pour un cheval supposé dressé comme le sien, et peu dangereux, il se permet volontiers de ne pas s’isoler du monde, de profiter d’un espace si vaste et agréable.

Sagement, l’étalon le laisse installer l’enrênement en position moyenne, ajustée légèrement large, avant de prendre le pas sur un petit cercle, qu’ils agrandiront ensuite progressivement. Lothar ne souhaite pas trop le contraindre pour l’heure, préfère le voir s’échauffer dans une attitude un peu horizontale avant de le solliciter un peu plus ensuite. Son objectif, de toute manière, n’est autre que de le sortir pour une séance d’entretien, et non de musculation intense. D’un bon pas délié, Rimbaud ne tarde pas à trouver ses marques, à prendre place sur un cercle de diamètre régulier, sans mettre trop de tension dans sa longe. Sans l’embêter, l’allemand le laisse alors faire sa vie quelques minutes, avant de rétrécir peu à peu le cercle pour l’amener à s’arrêter, de sorte à ce qu’il puisse modifier la position de sa longe pour changer de main. Ce n’est qu’alors qu’ils repartent pour un nouveau moment de marche, l’angle tête-encolure ouvert, pour laisser l’irlandais se détendre avec un minimum de contraintes.

D’un claquement de langue accompagné d’un léger mouvement de chambrière, Lothar ne tarde plus à inviter son cheval à prendre le trot. Sans faire d’histoires, Rimbaud s’élance avec énergie, ne tarde pas à contracter naturellement ses abdominaux pour aborder une allure quelque peu aérienne, tandis qu’il vient s’étendre vers le bas, n’ayant pas réellement besoin qu’on lui dise ce qu’on attend de lui. À sa place, Lothar se contente d’en profiter pour l’observer dans son fonctionnement. Il a pu constater qu’il a tendance à se figer assez facilement dans son attitude monté, sans pour autant avoir le temps de le constater suffisamment à pied. De ce qu’il a le loisir d’en voir dans ses débuts trottés, il lui semble fonctionner correctement, allant chercher tantôt un peu plus bas, tantôt un peu plus haut, écoutant visiblement les variations de son propre équilibre pour les corriger et continuer d’engager correctement ses postérieurs. Ça ne lui déplaît guère, à l’allemand, de constater qu’il n’aura donc pas besoin d’ajuster un peu plus l’enrênement pour l’inciter à adopter une attitude qui lui conviendrait davantage.

Profitant de l’aisance de son cheval, il se permet alors de faire varier sensiblement le diamètre du cercle, de sorte à l’inciter de temps à autres à se remonter de lui-même pour regagner en impulsion, ne pas s’enfermer dans un trot trop relâché. Plutôt satisfait de ce qu’il obtient, il se retient pourtant d’en demander davantage, n’oubliant pas qu’il n’est pas question de tester les limites du pie. Il se contentera alors de ce qu’il voit, et non de plus. S’aidant de la voix, il le fait ainsi repasser au pas quelques instants, avant de le rappeler progressivement à lui pour le faire changer une nouvelle fois de main. De manière générale, il essaie de veiller autant que possible à équilibrer ses séances de longe, bien qu’il ne soit pas non plus du genre à minuter trop précisément. Toujours doté d’un pas assez ample, Rimbaud reprend progressivement leur cercle, ne se préoccupant toujours pas vraiment de leur environnement, bien que le Haras prenne déjà plus vie qu’à leur arrivée sur la piste.

Et à nouveau, ils se mettent au trot, l’allemand ne se préoccupant que de le voir maintenir une cadence régulière sous le signe de l’impulsion. Un peu plus lancé dans une optique de travail, ses muscles dorsaux étant déjà étirés, le pie adopte une attitude plus proche de celle qu’il aurait eu en travaillant avec un cavalier sur son dos, venant moins souvent chercher à s’étendre un peu pour faciliter la montée de son dos. Ne souhaitant pas le voir en arriver à se figer, le brun lui demande alors quelques transitions inter-allures puis intra-allure pour l’inciter à rester suffisamment mobile de son encolure, sans perdre pour autant la qualité d’engagement de ses postérieurs. Il n’insiste pas non plus trop longtemps, reste assez lucide, il n’ignore pas qu’il ne pourra pas régler parfaitement un tel défaut en une seule séance. Mais à coup de petit à petit, il parviendra certainement à retarder ce moment où l’étalon commence à perdre de son relâchement.

Ouvrant ses doigts sur la longe, accompagnant une nouvelle sollicitation de la chambrière par un claquement de langue plus ferme que le premier, il demande enfin le galop. Se grandissant quelques instants pour s’élancer d’une prise d’équilibre, Rimbaud obéit sans se faire prier. Ne cherchant pas à lui imposer quoi que ce soit, Lothar le laisse avancer à son rythme, se contentant de s’assurer de l’activité de ses postérieurs. Après quelques foulées passées à renâcler pour se libérer les naseaux de leur poussière, l’étalon ne tarde pas à retrouver la même attitude qu’au trot, se calant aussi dans son rythme. Il n’est pas désagréable, pour l’allemand, d’avoir ce sentiment d’inutilité, que son cheval sait ce qu’il attend de lui par sa simple présence au milieu du cercle, ainsi qu’à cet enrênement, contre lequel il ne va pas. Ainsi, le galop peut plus facilement remplir son rôle de récompense que de corvée. Pour autant, il ne laisse pas durer éternellement ce moment, préfère se contenter de quelques cercles corrects avant de redemander le trot, pour éviter de se retrouver avec un cheval qui se laisserait aller à moins de justesse.

Une fois le calme réinstauré, il cesse toute action pour encourager l’équidé à reprendre le pas, souffler un peu avant de changer de main, le remettre en route sur de petits tours de trot avant de le laisser à nouveau galoper un peu. À nouveau, sans grande surprise, le comportement de Rimbaud s’avère satisfaisant. S’il feint souvent l’indifférence, l’allemand n’est pas totalement mécontent d’avoir à travailler un cheval comme lui. S’il n’a pas encore fait de résultats remarquables depuis son arrivée, il n’y a pas de quoi lui en tenir rigueur. Après tout, il commence seulement à faire connaissance avec les divers cavaliers qu’il pourra avoir sur son dos. Le principal est bien ce qu’il donne ainsi au quotidien, comme cette fois-ci. Une fois le moment venu, il accepte facilement de reprendre le trot pour souffler progressivement quelques instants avant de terminer leur séance par un peu de pas. Un peu de facilité, de coopération, c’est tout ce que Lothar pouvait désirer d’un nouveau compagnon. Ni lui, ni aucun d’eux, ne peut fonder son piquet sur une accumulation de chevaux compliqués.

De quelques caresses sur son chanfrein, alors que l’étalon le rejoint enfin au centre du cercle, il met fin à leur séance, lui retire son enrênement pour quitter la carrière, rentrer tranquillement aux écuries. Il le conduira au paddock une fois qu’il aura fini ce qu’il lui reste à faire pour la matinée. En attendant, il devrait pouvoir s’occuper avec son foin qui l’attend. Et il a vu juste, alors qu’ils parviennent à son box, qu’il lui retire directement le bridon à l’intérieur pour ne pas l’embêter plus longtemps. Katharina est effectivement bien levée, puisqu’un bon pli de foin déjà bien aéré et trié en un tas attend l’étalon. Ce dernier ne tarde pas à y mettre la tête, avant que son propriétaire puisse lui retirer le reste de son équipement. Un coup de bouchon, par simple coutume, et il en termine avec lui, ferme son box pour s’atteler au roulage des bandes de travail, qu’il ne réutilisera pas ensuite, chacun de ses chevaux ayant les siennes.

« Bonjour Lothar. » l’interrompt finalement une voix familière.

Relevant le nez de ses affaires, il glisse un regard en sa direction, ne tarde pas à poser ses iris sur la danoise.

« Kathy. » se contente-t-il d’articuler.

Ce n’est pas une grande surprise, de la croiser en ces lieux, ni à cette heure, encore moins en ce jour. Il n’a pas oublié, la discussion qu’ils ont eu plus tôt, en un autre jour. Sans plus tarder, il entame le rangement de la dernière des quatre bandes, tandis qu’elle n’en a pas fini avec lui.

« Tu n’as pas déjeuné, je suppose ? »

« Non. »


Nul besoin pour lui de chercher à savoir ce que lui vaut cet intérêt, il se doute bien qu’elle connaissait d’avance sa réponse. La blonde est de loin la personne du Haras qui le connaît le plus, elle sait pertinemment qu’il ne prend pas le temps de casser la croûte lorsqu’il a à faire, se contentera alors de carburer avec son paquet de cigarettes pour se couper de toute sensation de faim.

« On a fait des crêpes avec Finn, je t’en ai descendu une si tu veux. À côté de tes affaires, dans une boîte. Garniture sucre et citron, bien entendu. »

« Merci. »

Décidément, il a bel et bien raison. Il n’y a qu’elle pour retenir ces détails. C’est qu’il est compliqué, lorsqu’il s’agit d’aliments sucrés comme les crêpes, a des préférences bien précises dont il n’apprécie que peu de se séparer. Mais avant d’aller se servir, de ranger le matériel du bicolore, il a encore quelque chose à régler, laisse l’interrogation franchir ses lèvres.

« Tu prends Apo du coup ? »

« Oui, je pense qu’il sera plus facile pour commencer. »

« C’est toi qui vois. Je ne vais pas en avoir pour longtemps avec Saint-Malo, une demi-heure maximum, donc tu pourras ne pas tarder à préparer. »

C’est pour cela, que sa matinée n’est consacrée qu’à deux petites séances de longe, parce qu’il y a cette parole donnée. Cette promesse d’accompagner la danoise dans l’initiation de ses chevaux à quelque chose de nouveau. Il n’a pas été très surpris, face à sa décision de se lancer enfin dans son projet, non. Mais avec l’expérience qu’elle ne peut que commencer à emmagasiner à force de monter une jument aussi compliquée que l’alezane, il ne pensait pas qu’elle demanderait sa participation. Elle est rêveuse, Katharina, mais bien plus réfléchie qu’on ne le penserait. Il n’a pu qu’approuver, la conforter dans son choix. À ses yeux, il convient en effet de ne pas être seule, ne serait-ce que pour ne pas passer son temps à pied à déplacer des barres.

Ne traînant plus, il retourne à son casier ranger le matériel qui encombre ses bras, le troquer contre un licol éthologique, sans ranger la longe et la chambrière, dont il aura encore besoin, du moins, surtout de cette première. Aussi, il saisit une paire de guêtres et de cloches en mouton, en remplacement des bandes, qu’il ne compte pas mettre au gris. Par précaution, il évite de trop contenir ses tendons, préfère les savoir libres de fonctionner normalement, puisque des guêtres peu serrées occasionneront toujours moins de compression pour les tissus. Lorsqu’il est question de Saint-Malo, les pincettes sont de mises, bien qu’il soit maître de son travail et de ses soins, n’ait nuls comptes à rendre. Il le sait, que le flambeau a été passé de manière définitive, que l’irlandais s’efforce de se tenir loin de son vieux partenaire. S’il n’en a cure, de ce qui peut lui passer par la tête, Lothar prend tout de même ses responsabilités à cœur, n’a nulle envie d’échouer.

« Salut, toi. » lâche-t-il simplement, alors que son regard croise celui du selle français, tandis qu’il pénètre dans son box. Oh, ils se sont bien déjà vus, mais certains rituels ne peuvent être mis de côté. Se munissant d’une étrille ronde en caoutchouc, l’allemand entreprend vite de faire disparaître les quelques tâches brunes présentes sur la robe normalement presque blanche du hongre, à l’exception de ces petites nuances naturelles au nombre variable selon les saisons et l’état de son poil. Ne se dérangeant pas, Saint-Malo continue tranquillement de manger son foin, le laisse s’affairer autour de lui, lui passer ensuite le bouchon de partout pour retirer les poussières du paddock, avoir le sentiment aveugle qu’il en soit plus brillant. Il peut ensuite s’occuper de ses pieds, veillant au passage à la bonne fixation de ses fers. Il n’a pas changé d’avis, ne s’est toujours pas décidé à lui faire poser des chaussures traditionnelles, continue de le faire ferrer avec une matière plus souple qu’est le plastique, bien que ça lui demande aussi plus de vigilance quotidienne.

Un rapide brossage de crins, l’allemand n’étant pas du genre à s’éterniser, et le moment est venu de poser les guêtres aux quatre membres. Ces temps-ci, le hongre semble en bonne forme, ce qui l’incite à rester prudent lors de leurs séances, et le pousse ainsi à lui mettre également des cloches. Enfin, il ne lui reste plus qu’à lui mettre son licol en corde orange, auquel il fixe la longe, avant de pouvoir l’inviter à le suivre dehors. Attrapant au passage ses gants et sa chambrière, le brun est aussi fin prêt pour dégourdir les membres du gris. Si ce dernier n’est pas encore remonté, cela fait quelques temps déjà que Lothar a pu reprendre le travail en longe et aux longues rênes. D’abord doucement, seulement une séance par semaine en plus de leurs ballades en main, de sorte à renforcer progressivement ses muscles, les remettre au travail en cercle en douceur, avant d’augmenter sensiblement le nombre de séances, en restant toujours sur des durées très brèves, relevant plus du quart d’heure que de la demi-heure. Ce n’est que depuis peu, qu’ils commencent à travailler légèrement plus longtemps, mais toujours sans le moindre enrênement. Ce sera la prochaine étape, lorsque la musculature naturelle lui semblera prête. Pour l’heure, il reste encore méfiant des possibles boiteries suite à l’effort.

« Malo, en place. » lui lance-t-il en français, après avoir écarté sa main la plus proche du hongre sur la longe.

Des codes simples, dans la langue d’origine de l’équidé, c’est ni plus ni moins que ce qu’il s’est attaché à mettre en place. Ainsi, à l’entente de ces quelques mots, le gris s’éloigne progressivement de lui, dessinant un cercle autour de lui, que l’allemand l’autorise à évaser quelque peu en laissant la longe glisser entre ses doigts. Avec un cheval aussi gentil et volontaire, il n’a pas eu trop de difficultés à lui faire assimiler ces codes, qui rendent ainsi leur travail plus agréable, ont peu à peu supprimé l’aide artificielle, bien que le brun la prenne toujours avec lui en cas de besoin d’un peu d’insistance. Tranquillement, Saint-Malo avance d’un pas décomposé, ayant toujours cette allure si spécifique de papi relax, qui ne se brusque en rien. Pourtant, il le sait, Lothar, une fois que ses membres ont commencé à se mettre dans le mouvement, c’est un tout autre cheval. C’est la raison pour laquelle il s’est refusé l’idée de le bosser en filet, préférant le licol pour lui mettre en tête qu’il s’agit-là d’un moment de détente et non un événement d’importance, de sorte à contenir un minimum l’entrain de son compagnon.

S’il n’avait précédemment pas l’impression d’avoir grand-chose à faire, ce sentiment ne fait que s’accroître. Planté au milieu de leur cercle, l’allemand n’a qu’à jouer de temps à autres de la longueur de la longe et de ses mains pour signaler un changement de main au hongre. À mesure que leur remise en route avance, il essaie de répéter plus fréquemment les changements de direction, les transferts de poids d’un antérieur à un autre au pas puis au petit trot pour préparer doucement ses membres à des sollicitations qu’il retrouvera sous la selle. Un exercice qui permet également d’éviter l’ennui, de garder l’attention de l’équidé éveillée. Quelque chose qui lui semble important, pour un cheval de son âge.

« Malo, trotter. » articule-t-il d’une voix claire.

Si nécessaire, un claquement de langue accompagne sa demande, invite le selle français à ne pas l’ignorer. Gardant son encolure assez horizontale, le truité obtempère, s’élance avec légèreté. Ne lui demandant rien de plus pour le moment, Lothar le laisse faire quelques cercles sans intervention de sa part pour lui permettre de regarder de partout, faire son petit bout de vie avant de changer enfin de main pour répéter cette situation. Si Saint-Malo avance d’un rythme parfois plus soutenu, il reste relâché dans son ensemble, baisse de temps à autres ses naseaux vers le sable, s’offrant quelques foulées de folie, du moins de rebond, ce qui est déjà un effort qu’il ne pouvait encore se permettre quelques mois plus tôt. Avec le temps, et la reprise, c’est son corps tout entier qui se délie, retrouve une locomotion plus normale, ce qui ne déplaît guère à l’allemand. Il ne le brusque en rien, souhaite seulement le voir bien dans son corps.

« Malo, galop. »

Sa voix tonne, ferme et énergique, pour porter le gris, lui donner l’envie de se porter en avant. Se redressant, le hongre ne tarde pas à effectuer sa transition, filant droit quelques foulées avant de se secouer gentiment sur son cercle. Rien d’assez méchant pour embêter l’allemand, qui reste tout de même vigilant, s’assure qu’il ne prenne pas de risque pour lui-même. Il se sentirait bien malin, si son protégé en venait à se faire mal bêtement. Ainsi, il calme vite le jeu, ne tarde pas à redemander le trot puis un changement de main pour le laisser se dépenser à nouveau à l’autre main. Guère plus longtemps, certes, mais il n’oublie pas qu’il vaut mieux rester raisonnable, se contenter de faire redescendre l’entrain par quelques derniers tours de trot avant de repasser au pas, travailler sur des cercles plus petits avant de conclure leur petite séance, ne souhaitant pas le solliciter davantage.

Dès lors qu’il est rappelé à son bipède, le selle français vient se coller à lui, quémander sa récompense, ces quelques caresses sur son chanfrein. Parfois un peu trop collant, l’allemand en convient volontiers, mais attachant, il ne peut le voler. Ils ne tardent plus à quitter doucement la carrière, pour reprendre la route des écuries, sûrement. C’est qu’une fois l’esprit sorti de son travail, Saint-Malo ne tarde pas à retrouver tout son calme, sa placidité même. À petits pas, sans se presser, ils prennent le temps de rentrer, puisqu’il ne sert à rien de vouloir aller plus vite que la musique, au risque de se retrouver seul à avancer, l’équidé s’arrêtant systématiquement si on ne l’attend plus. Et puis, après tout, cela leur permet de faire redescendre complètement la température, d’assurer aussi une certaine récupération physique, la marche étant loin d’être une allure inutile.

Donnant une ultime caresse à son camarade, Lothar lui retire son licol pour le laisser retourner manger son foin. Il prend un peu de temps pour inspecter ses membres avant de le quitter, souhaitant s’assurer qu’il n’y ait aucun gonflement anormal après l’exercice. Ce n’est qu’alors qu’il peut retourner ranger son peu d’équipement dans ses affaires, les troquant contre sa crêpe, avant de rejoindre la danoise, qui en est déjà à poser les protections de son étalon, en bonne synchronisation avec ses estimations.

« Merci pour la crêpe. » commence-t-il, entre deux bouchées. « Mets-lui un mors simple, je vais te prêter ma selle et mon gilet. Et des protège-boulets. » ajoute-t-il, en voyant qu’elle n’en a pas.

Il s’éclipse à nouveau, sans plus de formalités. Continue de grignoter, en allant une nouvelle fois fouiller dans ses affaires. Ce sont comme des emplettes qui commencent, tandis qu’il scrute tous ses équipements, cherchant ceux qui conviendront de taille. Sa selle, premièrement, complétée d’un tapis noir non coupé obstacle, d’un collier de chasse en cinq points, et d’une paire de protège-boulets en cuir, avant de saisir enfin son gilet de protection. Ainsi chargé, il peut retourner auprès de Katharina, commence alors par poser sans trop de précision le tapis sur le dos du grand crème, avant de tendre son bras chargé à sa propriétaire pour qu’elle le selle. Pendant ce temps, il peut s’accroupir pour lui protéger les postérieurs, avant de se relever, à ses côtés.

« Ne sangle pas, on va lui mettre la bricole. »

« Insinues-tu que mes chevaux sont gros ? » plaisante-t-elle alors, tandis qu’il fronce les sourcils, attend qu’elle détache son cheval pour lui passer l’équipement.

Ce n’est qu’une fois les quelques réglages effectués, qu’elle a enfilé bombe et gilet, qu’ils peuvent quitter les écuries pour rejoindre une fois de plus la carrière. Sur la route, il ne dit rien, Lothar, se laisse aller à quelques réflexions, glissant une cigarette au coin de ses lèvres.

« T’as toujours eu de drôles d’idées. » commente-t-il enfin.

« J’aime parier sur les outsiders, tu devrais le savoir. »

« Je le sais bien. »

Mettre des lusitaniens si typés tauromachie à l’obstacle, en visant en faire ensuite de même au complet, il n’y a qu’elle pour avoir une telle idée. Folle, probablement, selon certains. Il en penserait bien autant, lui qui a toujours appris à associer chaque race à une à deux disciplines bien définies, selon les origines. Une réflexion purement logique, dénuée de complexité, certainement trop étroite d’esprit. Dès son plus jeune âge, il a été formaté, dans tous les détails, sauf à l’aimer, elle. Alors qu’ils ne font qu’accumuler les différences, n’ont pu que constater le fossé creusé entre eux. Il y a bel et bien des choses qui ne peuvent être expliquées, qui surpassent toute prétention de raison. Parce qu’elle est ainsi, Katharina, dépasse toute possible question de sens cartésien. Elle est au-dessus de tout ça, elle, l’a montré à plus d’une reprise. Et, visiblement, ce n’est pas prêt d’être terminé.

« Commence à le détendre normalement. »
lui demande-t-il, après lui avoir fait la courte-échelle pour l’aider à monter.

D’un hochement de tête, elle obtempère, met l’étalon au pas, tandis qu’il reste planté à sa place, se contente de l’observer un instant, avant d’aller se percher sur la lisse. S’il a déjà débuté bien des chevaux de sport à l’obstacle, il n’y a encore jamais initié un équidé qui n’était pas destiné à cela de naissance. Comment s’y prendre, s’il en venait à n’avoir aucune intelligence naturelle de la barre ? Il l’ignore, n’en a pas encore la moindre idée. Pour une fois, il ne sait pas dans quoi il se retrouve baigné. Mais en l’observant marcher, il lui semble lui trouver quelques ressemblances avec le cheval de Finnian. Si la taille en est une évidente, il ne tarde pas à se pencher sur l’idée que cette arrière-main prédisposée à propulser avec puissance pourrait suggérer une même manie de frapper à l’excès des antérieurs. Il lui faudra attendre de le voir galoper pour éclaircir la question.

Il y a une chose dont il ne doute pas, Apo est certainement très bien dressé. D’une part à cette attitude de présentation qu’il semble adopter rapidement sans la moindre contrariété, d’une autre parce qu’il connaît la danoise en tant que cavalière, n’ignore pas l’importance qu’elle accorde à la qualité de réponse à ses demandes et au respect de ses aides naturelles, tout en allant dans le sens de ses chevaux. Pour autant, il ne reconnaîtrait pas que Saudade est un cheval facile, pour l’avoir vue quelques fois le monter. Qu’en est-il du crème ? Il ne va pas tarder à le savoir, l’aperçoit prendre le trot d’un bond léger. D’une main, il masse ses joues, machinalement, tandis qu’il ne quitte pas l’étalon des yeux, ne manque rien de sa locomotion. Son geste n’est pas exceptionnel, du moins de ce qu’il sait de ses semblables, mais il lui concède volontiers une certaine aura. Elle lui semble bien crevette, la danoise, sur le dos d’un cheval si massif, bombant l’encolure sous sa main, à laquelle il cède visiblement d’une manière très satisfaisante, enchaîne les cercles, autres figures et transitions avec stabilité.

Mais quelque chose le dérange pourtant, dans la position de la danoise, qui ne lui semble pas à sa place comme elle pourrait l’être avec Fall ou Quod, alors qu’il s’agit de son propre cheval.

« Kathy, viens par là deux secondes. » lance-t-il, depuis son perchoir. Repassant au pas, la jeune femme laisse plus de rênes à son cheval, le dirige tranquillement vers lui, tandis qu’il développe ses pensées. « Raccourcis un peu plus tes étriers, ma selle n’est pas comme celle que Leny te prête, tu seras mieux après. »

Du moins, il le pense, en fait le pari, puisqu’il n’est pas à sa place, ne peut pas en avoir une idée trop exacte. Il se base seulement sur des faits. D’ordinaire, il la voit utiliser la selle d’obstacle de l’irlandais, alors que lui n’en possède pas, est toujours resté sur sa selle plus typée cross, bien qu’elle en ait les quartiers sensiblement moins avancés.

« Comme ça ? »


« Ouais, ton équilibre sera meilleur. »

Et alors qu’elle reprend sa détente, redemande le trot au grand crème, lui descend finalement remettre ses baskets dans le sable. L’heure est venue de débuter ce qui les a réunis en cette matinée. Sans se presser, il commence à rassembler quelques barres, commence par en installer trois qui se passeront au trot. Leur distance d’espacement est moyenne, l’étalon lui semblant avoir une bonne amplitude naturelle, sans pour autant qu’il n’ose mettre plus, ne sachant comment il réagira au moment de franchir les barres.

« Toujours au trot, viens dans tous les sens. Laisse-le se démerder au début. » déclare-t-il alors, se postant à côté de ce petit dispositif de chauffe.

Croisant ses bras sur son torse, le regard tourné vers le couple, il les attend sans les presser. Après un dernier cercle pour contrôler l’activité de son cheval, Katharina ne tarde pas à le présenter face aux barres, visant bien leur centre comme elle s’applique à le faire avec n’importe quelle autre monture. La suite est, visiblement, un peu plus délicate. Oreilles pointées vers l’inconnu, l’étalon ronfle quelque peu des naseaux, se grandit pour y gagner du geste de devant, et de l’engagement derrière, ignorant un temps la main jusqu’à ce qu’il soit en train de franchir les barres. Naturellement, il accentue sa diagonalisation, cherche de la place pour poser franchement son diagonal suspendu, secouant au passage sa frêle propriétaire. C’est… particulier. Mais l’allemand en convient, ça fonctionne, et bien loin de ce à quoi il s’attendait. Quelques chocs de la corne contre le bois, voici plutôt ce qui ne l’aurait pas surpris.

« Je te fais un peu plus de place pour qu’il se verticalise moins, continue. »

Oh, il y va tranquillement, écarte seulement les barres d’une longueur de pied, ne se risquant pas à plus, avant d’attendre à nouveau le couple. L’attitude d’Apo ne change pas, reste de l’ordre de l’ébullition, jusqu’à ce qu’il soit passé au-dessus de la nouveauté, se faisant cette fois prendre au piège. Si nul rictus ne s’étire sur ses lèvres, le brun n’est guère mécontent de l’entendre taper une des barres, puis s’emmêler les pinceaux, pour marcher sur la dernière. Il est prévenu, désormais, qu’il va lui falloir changer dans sa façon de faire. Et, puisqu’il ne dit mot, la danoise revient, toujours à la même main. S’ouvrant cette fois-ci pour faire face, réfléchir à la solution à adopter, l’étalon manifeste quelques signes de bouillonnement, avant d’accepter de cesser un peu de piétiner, d’aller chercher des foulées moins montantes pour franchir correctement les barres.

« On laisse sur ça de ce côté. » déclare-t-il alors, satisfait.

Et ils recommencent alors, pour confirmer, dans l’autre sens. Il scrute sérieusement le lusitanien, à l’affût de toutes ses réactions. C’est le même manège, qui recommence, la volonté première de bondir, de chercher la solution vers le haut. Certes, il n’hésite pas, y va franchement, mais l’allemand est perplexe, ne sait à quoi s’attendre ensuite. Ce sont trop d’efforts pour pas grand-chose, qu’en sera-t-il une fois que les barres seront surélevées ? Il l’ignore, se contente d’un signe de tête négatif en réponse à la question silencieuse suggérée par le regard de Katharina. C’est reparti, encore. Dans un mouvement trop saccadé à son goût, qui ne lui offre pas entière satisfaction. Quitte à faire les choses, autant les faire bien, ne laisser que sur un geste plus fluide, après un essai de plus, plus convaincant, bien qu’encore imparfait, mais qui fait amplement l’affaire pour une première séance.

« Tu peux le laisser souffler et le mettre un peu au galop pour qu’on refasse la même chose. »

Et il fait une pause lui aussi, pour s’allumer une cigarette, avant d’observer l’étalon évoluer au galop, de sorte à avoir une idée des distances qu’il lui faudra installer. Bien vite, il ne peut que tirer d’un air déconcerté sur sa meurtrière. C’est qu’il lui paraît bien… particulier, le grand lusitanien, dans tout son style. S’il accepte sans grand mal de reconnaître que l’accoutrement d’obstacle sur son physique baroque lui confère un air assez guerrier, contrairement aux chevaux du piquet de l’irlandais, et les siens également, il ne sait que penser de ce geste d’antérieurs qui ne fait que se remarquer davantage. Il semble si lourd visuellement, alors qu’auditivement, le son produit par la frappe de ses membres ne l’est pas particulièrement. Est-ce que cela l’aidera au moins à s’articuler convenablement ? Il l’ignore, se contente de changer la distance entre les barres pour leur permettre de passer à la suite, non sans hésiter un instant sur la mesure qui conviendrait le mieux.

« Il me met beaucoup de poids dans les bras, Lothar. » lui déclare Katharina après un moment, récupérant toute son attention.

Dubitatif, il fronce les sourcils, se tourne vers elle avant de réfléchir un instant à une solution qui pourrait convenir. Hormis Something, lors de ses phases d’abord, il n’a pas particulièrement à se confronter à ce genre de problème, bien au contraire, les bouches trop sensibles sont plutôt de son domaine de connaissance, qui lui convient parfaitement, permettant un travail qu’il juge plus intéressant.

« Cherche à l’avoir comme Fall, plus il se remontera, moins il pourra te tirer dessus. » conseille-t-il finalement. « Viens au petit galop sur les barres en t’occupant juste de la cadence pour commencer, qu’il se débrouille pour le reste. »

Un hochement de tête de la danoise, en guise de réponse, tandis que déjà, son équitation change. Ses mains se remontent quelque peu, demandent plus de soutient au crème dans son port de tête par des actions uniquement dirigées vers le haut, à l’instar de celles qu’elle a trouvées par elle-même en solution à la délicatesse de l’alezane. Il n’a rien inventé, Lothar, cherche seulement les réponses dans leur champ de connaissance pour leur faciliter la tâche, ne souhaitant pas se lancer dans des expérimentations dès une première séance.

Dans un bon galop rassemblé, l’allemand devant bien reconnaître sa qualité d’abaissement des hanches, l’équidé ne tarde plus à venir découvrir à nouveau les barres. Ce sont ses naseaux qui se dilatent, tandis qu’il manifeste son intérêt, s’ouvre légèrement pour observer le tout, frapper un premier saut, puis deux suivants, visiblement décidé à continuer dans son optique d’effort, avant d’enclencher un galop de sortie plus ample. Entraînée dans le mouvement, la danoise met un peu de temps pour le récupérer. Mais elle ne dit rien, continue de chercher à le canaliser par l’équilibrage vertical, ce qui semble plutôt fonctionner pour le moment. Et ainsi, elle ne tarde pas à revenir à l’autre main, suivant le pied de réception de son cheval plutôt que de l’exciter de plus belle en lui demandant un changement de pied isolé. Attentif, le brun ne la quitte pas des yeux, observe le manège qui se reproduit, à l’identique, ou presque. Cette fois-ci, l’étalon n’attend pas d’en finir pour prendre la main, ignorer sa cavalière pour s’installer dans une cadence plus soutenue.

« Il te tire, non ? » lance-t-il alors, bien qu’il connaisse déjà la réponse.

« Je n’arrive pas à l’empêcher de plonger dès la première barre, je suis fichue après. »

« C’est pas grave, on pourra régler ça avec du travail. Pour une première fois, ce sera un peu compliqué, je ne te le cache pas. On va enchaîner sur une croix du coup, puisqu’il s’en sort pas trop mal quand même. »

Il n’est pas magicien, après tout, encore moins sur le dos du lusitanien pour tâcher de ressentir lui-même ce qu’il s’y passe. Se contentant de cubes pour surélever ses barres, il ne perd pas plus de temps, pendant que le couple marche, installe alors sa dite croix accompagnée de ses barres de réglage de chaque côté.

« Vas-y au trot, laisse-le prendre le galop dans les dernières foulées s’il le veut. » déclare-t-il alors.

Ne le faisant pas répéter, Katharina reprend le trot sur un cercle avant de venir présenter les barres une nouvelle fois à son cheval. L’œil vif, Apocalíptico aborde l’ensemble sans montrer de doute visible, peu craintif face à la croix, bien qu’il conserve le trot, s’emmêle quelque peu les pinceaux, sautillant la barre d’appel pour se retrouver ensuite à faire un effort dénué d’un grand style pour passer la croix, secouant sa propriétaire au passage. Maladroit, peut-être, mais franc, ce qui n’est déjà pas trop mal pour un début, bien que l’allemand ait manqué à croire au strike digne de Quod de peu. « Caresse bien et reviens. » lâche-t-il ainsi, tandis que l’étalon s’en sort d’un bon trot, renâclant avec force. S’exécutant, la blonde lui glisse quelques félicitations avant de chercher à remettre de l’ordre dans son allure pour revenir rapidement plutôt que d’effectuer un grand tour de piste, qui risquerait tout autant de lui faire perdre de sa connexion.

Dès lors qu’ils se retrouvent alignés au milieu des barres, Lothar comprend que ce passage sera différent. Dans son attitude, l’étalon se montre plus saccadé, et énergique également, n’hésitant pas cette fois-ci à prendre le galop pour franchir la barre au sol. Il y va fort, plus que nécessaire, sans nul doute possible, mais s’articule ainsi correctement, bien que son geste s’avère secouant, accompagné d’une descente d’encolure un peu trop prononcée pour laisser monter le garrot alors qu’il serait tout à fait possible de réaliser cela aussi bien sans autant d’exagération. Le soucis réside bien dans la réception qui s’ensuit, bien que la barre au sol soit également franchie. Un muscle probablement tiré par cette sollicitation accrue, l’étalon ne tarde pas à s’exprimer pour s’en libérer. C’est une ruade qu’il décroche, l’encolure restée basse de son saut, déployant toute la puissance qui est la sienne, ne laissant aucune chance à la danoise pour s’accrocher.

Impuissant, Lothar ne peut qu’assister à son vol plané, ses traits durcis par les pensées qui le traversent alors. Tandis que le crème s’arrête plus loin après quelques secousses supplémentaires, il ne tarde pas à aller aux côtés de la danoise, cachant son inquiétude derrière sa froideur habituelle.

« Reste assise. » lui impose-t-il d’abord, retenant d’une main son mouvement de remise sur pieds. « Ça va ? Il ne t’a pas fait mal ? »

Il faut un temps à la jeune femme avant que ses iris ne rejoignent les siens, lui assurant qu’elle a bien retrouvé tous ses esprits.

« Juste le souffle coupé, mais ça va. » répond-elle alors, quelque peu haletante.

Accroupi près d’elle, il la relâche, lui faisant confiance pour ne rien lui cacher. Il la sait peu douée pour mentir, tout autant qu’il n’ignore pas qu’ils se connaissent trop bien pour qu’elle s’y risque. Elle serait grillée à l’instant même où elle le tenterait, tout comme il en serait autant dans le cas inverse.

« Je ne pense pas que c’était méchant, mais il a beaucoup de force. Tu me le laisses un peu avant de remonter ? »

« Euh… Oui, si tu veux. »

Elle est hésitante, la danoise, mais il ne lui laisse pas vraiment le choix. Il est hors de question pour lui de la faire remonter tout de suite, alors qu’elle n’est pas encore totalement opérationnelle sur le plan physique. Ce n’est jamais agréable, de perdre sa respiration dans une chute, il ne l’a testé que trop souvent pour ne pas l’ignorer. Et s’il n’ignore pas qu’elle peine à confier ses chevaux à d’autres mains, il se permet de lui demander de prendre sur elle, pour son bien. Certes, il n’est pas particulièrement équipé pour une monte, mais il lui faut constater par lui-même ce qu’il se passe une fois sur le dos de l’ibérique.

Il ne perd pas plus de temps, l’allemand, pour aller récupérer l’imposant lusitanien, qui n’a pas bougé, se tient encore immobile là où il s’est arrêté, l’observant approcher sans broncher. Éloignant toute remontrance possible, le brun lui glisse une caresse dès qu’il attrape ses rênes, avant de vérifier machinalement sa sangle, pour se hisser sur son dos sans plus de formalités. Le constat est immédiat, sans appel, alors que l’étalon prend le pas au poids de son corps, lui laissant tout juste le temps de mettre son second étrier. Ce n’est pas une brindille, sur laquelle il est perché, mais effectivement une certaine masse qui contraste avec ses habitudes. Loin d’être désagréable pour autant, à première sensation, il en convient. Ne souhaitant pas s’éterniser, il vérifie simplement que sa casquette soit suffisamment ajustée pour ne pas risquer de s’envoler dans les instants qui suivent et demande le trot. Désireux de rester cohérent aux yeux de la danoise, il l’installe rapidement dans la même attitude de travail qu’il lui demandait, soutient le haut de son propre corps pour en obtenir autant de l’encolure de l’équidé. L’énergie bouillonnant sous sa selle se fait rapidement ressentir, et il lui faut alors multiplier les cercles, jouer dans ses doigts pour trouver l’équilibre de ses aides qui lui permettra au mieux de le canaliser.

Quelques transitions suffisent à inviter à penser que les boutons primaires sont trouvés, l’autorisent ainsi à prendre le galop pour le confirmer. À peine recule-t-il sa jambe externe que Apocalíptico bondit, s’élance dans une allure à la cadence soutenue. Remontant quelque peu ses mains vers ses oreilles pour le pousser à prendre davantage d’équilibre, à s’asseoir, Lothar reste calme, ne se laisse pas intimider par toutes ces sensations qui le traversent. Face à sa propre difficulté à parvenir facilement à ses fins, il rajoute son poids du corps dans la balance, laisse de côté sa position de semi-équilibre pour venir s’asseoir dans sa selle, accentuant ainsi sa demande. Il n’insiste pas éternellement pour autant, se contente de quelques foulées soutenues dans la cadence souhaitée avant de repasser au trot pour en faire de même à l’autre main, et finir ainsi de se mettre avec lui. L’adaptabilité rapide ou l’avantage, sans doute, d’avoir toujours monté un bon nombre de chevaux différents sur toutes les périodes de sa vie.

Une fois qu’il en a fini, le brun cadence son trot sur un cercle, avant d’aborder enfin la croix. N’ayant oublié ni ce qu’il a dit, ni ce qu’il a vu, il reste à sa place, se contente de conserver le contact avec la bouche, tout en incitant l’étalon à s’ouvrir pour qu’il ne vienne s’appuyer sur son mors et lui voler tout contrôle. Souplement, il suit la frappe qui s’ensuit, et qu’il reconnaît comme étant plus marquée que celles de Quod ou de Fall, avec lesquels Katharina a plus l’habitude de sauter. Dès la réception, il change cependant ses plans, ne laisse pas l’occasion à l’étalon de lui prendre la main. Un demi-arrêt, dès la première foulée, pour redemander au plus tôt une reprise d’équilibre et commencer aussitôt à préparer une transition dans les foulées suivantes, prenant de plus en plus de contact, bloquant en même temps son bassin, jusqu’à obtenir l’arrêt complet. Alors satisfait, il caresse et demande le pas, puis le trot, dans le calme.

L’expérience est reconduite rapidement, pour ne pas être oubliée, se voir confirmée au plus vite. Mais aussi pour ne pas perdre l’ordre obtenu. Sans prendre la peine de venir de loin, l’allemand reproduit ses demandes, ne change rien à sa manière de faire. Il se permet seulement un peu plus de jeu dans ses doigts dans les dernières foulées d’abord, pour chercher à contrôler un peu plus la trajectoire du lusitanien, obtenir une mécanisation un peu plus fluide, bien qu’encore trop expressive à son goût. Et dès la réception, le travail recommence aussitôt, pour ne pas lui laisser le loisir de l’envoyer lui aussi goûter au sable de la carrière. Cependant, cette fois, une fois arrêté, il demande un demi-tour autour des hanches pour franchir directement la croix au galop dans la ligne droite. Le manège recommence alors, l’étalon est arrêté le plus vite possible après les barres pour revenir de la même manière, par deux fois. Exercice du pendule que Lothar n’avait pas pensé à utiliser dans un premier temps, mais qui s’avère pourtant efficace pour poser un cheval comme celui-ci, puisque faisant appel à son niveau d’éducation à la main, plutôt que de se contenter de passer des barres sans rien faire de plus.

Une fois satisfait, la confirmation que l’exercice est acquis obtenue, il relâche ses rênes dans son dernier arrêt, en saisit le flot d’une seule main pour caresser l’encolure de l’étalon de l’autre. Il le laisse prendre le pas pour souffler quelques instants, avant de s’arrêter près de la danoise pour mettre pied à terre, lui rendre son cheval.

« Il devrait être un peu mieux maintenant. Fais deux ou trois fois ce que je viens de faire et on finit sur ça, d’accord ? »

D’un hochement de tête silencieux, la jeune femme acquiesce, se remet en selle avec souplesse, visiblement remise de sa cascade. S’allumant une nouvelle cigarette, Lothar la laisse se remettre avec le grand crème, l’observant de manière discontinue sans dire mot. Il ne se fait pas de soucis, à présent  Apocalíptico ne devrait pas recommencer ses petites folies, l’effet fin de séance se faisant ressentir. Il reste vigilant, tout de même, alors que le couple aborde l’obstacle.

« Garde-le en haut comme ça, c’est bien. Aies l’idée de t’arrêter avant même d’avoir franchi la croix. » commente-t-il pour l’accompagner dans sa réalisation.

Et ce n’est pas trop mal, bien au contraire. La danoise reste à sa place, bien qu’un peu en retrait sur son saut, ce qui lui permet de reprendre plus facilement ensuite. Il n’y a pas photo, c’est bien à sa main que l’étalon s’est mis ces derniers mois, à la facilité avec laquelle il effectue sa transition, tandis que l’allemand peinait un peu plus, devant composer avec quelques résistances.

« C’est ça, continue. » déclare-t-il avant qu’elle amorce son demi-tour.

Franc mais à l’écoute, le lusitanien reprend facilement un galop dans l’impulsion, pour franchir une nouvelle fois les barres tout en revenant rapidement au calme après. Son comportement a déjà évolué de manière positive depuis le début de sa séance, ce qui intime au brun à penser que leur mission de bipèdes a été remplie. La danoise ne tarde pas non plus à le laisser souffler en extension d’encolure au trot après un dernier saut tout aussi satisfaisant que le précédent. Ils vont avoir du boulot, pour l’amener correctement à enchaîner un parcours sans encombre en vue de reproduire ensuite la même chose en extérieur.

« J’ai compris ton truc, je crois. » lâche enfin Katharina alors qu’elle met pied à terre, après avoir marché un peu son cheval.

« En appuyant un peu sur ça au début ça devrait permettre de le mettre dans de bonnes bases. Il a un bon geste naturel aussi, je ne pense pas qu’il mettra trop de temps à apprendre. »

Il le dit et le pense vraiment. Ce ne serait pas son genre, de mentir, ni même de lui mentir. Il n’aurait rien à y gagner, de toute manière. Le crème se débrouille, il le reconnaît. Quelles seront ses limites ? Il ne peut pas encore le savoir, se contente pour le moment de constater que leur marge de progression devrait être grande, sans en avoir pour autant de certitude. Cela, seul le travail le confirmera ou non.

« Encore faut-il que je ne fasse pas d’erreurs. »
hésite-t-elle, plantant ses iris dans ceux de son cheval.

« T’en fais pas, pour ta chute. Ce sont des choses qui arrivent, ça ne veut pas dire que les prochaines fois seront pires. Regarde Leny, il en est la preuve vivante. » déclare-t-il d’un ton ironique, parvenant à la fin de son bâton incandescent.

« Lothar. »

Sa voix tonne, sèche, sans qu’il ne réplique. Il le sait, que la remarque était bien gratuite, n’aurait eu lieu d’être, mais il n’a pu s’en empêcher.

« Il t’a dit, pour Quod ? » demande-t-il sans plus de formalités, en venant directement au fond de ses pensées.

« Oui. »

« Évidemment. » soupire-t-il.

Comment ne pas mettre la douce et si innocente Katharina dans la confidence ? Il aurait dû s’en douter, que certaines choses se feraient dans son dos. Et il n’approuve guère cela, encore moins la décision qui a été prise. Retirer si tôt de tout projet sportif un cheval avec autant de moyens, voici qu’il juge d’assez bas étage, bien qu’il n’ignore pas la peine que représente cette tâche de parvenir à exploiter correctement ses compétences. Une conséquence à l’arrivée des deux bicolores, probablement, dont les tempéraments plus simples ont dû constituer une sorte de déclic final dans sa réflexion.

« Merci pour ton aide, en tout cas. »

« À l’occasion tu testeras Rimbaud ou Ira. Ils t’aideront à mettre en place une monte moins instinctive que Fall et Quod. »

Il ne servirait à rien de lui proposer de monter Something, qui s’approche trop du style des deux derniers. Quant à Die, s’il pourrait lui convenir pour développer sa technique, l’allemand ne se risquerait pas à le lui proposer. Trop précieux à ses yeux, il préfère être certain que sa progression continue sans encombres. Peut-être d’ici quelques mois, mais aucun des deux n’y est prêt pour l’heure, bien qu’ils se connaissent déjà sur le plat.

Ne s’éternisant plus, ils ne tardent pas à retourner aux écuries, où ils retrouvent leur comparse irlandais en train de nourrir. Pour Lothar, l’heure est venue de s’éclipser, après avoir récupéré son matériel, et raccompagné ses chevaux au paddock. La journée est encore longue, il ne peut traîner plus longtemps dans les parages, partager un en-cas avec eux, ni même avec son cousin, probablement aussi affairé du côté des cavaliers pros. Une affaire l’attend en ville, du moins, il souhaite avancer sur sa réalisation loin du trio, n’ayant nulle envie que l’un d’eux ne s’en mêle pour l’instant. Le moment venu, il saura délier sa langue, les mettre dans la confidence.
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